Je
suis surpris
d'entendre qu'au
stade de développement
où l'Union
européenne
est arrivée,
il faille encore
s'interroger
sur la légitimité,
ou la nécessité,
ou l'opportunité
d'une politique
étrangère
et de sécurité
commune.
Que je sache,
le traité
de Maastricht
et celui d'Amsterdam
ont été
ratifiés
démocratiquement
par tous les
Etats-membres.
De même
que les traités
d'adhésion
des Etats-membres
plus récents.
C'était
donc avant d'adhérer
qu'il fallait
se poser ces
questions. Et
si la réponse
était
négative,
il ne fallait
pas entrer dans
l'Union. L'article
17 du traité
d'Amsterdam
stipule en effet
" que la
politique étrangère
et de sécurité
commune inclut
l'ensemble des
questions relatives
à la
sécurité
de l'Union,
y compris la
définition
progressive
d'une politique
de défense
commune qui
pourrait conduire
à une
défense
commune ".
Le fait que,
jusqu'à
présent,
les initiatives
de l'Union européenne
dans le domaine
militaire soient
restées
limitées
n'enlève
rien aux engagements
souscrits et
ne diminue en
rien leur légitimité.
Constatons cependant
avec regret
que ce ne serait
pas la première
fois que des
gouvernements
nationaux renient
ou ignorent
les engagements
souscrits par
leur prédécesseur
et ratifiés
par un parlement
précédent.
Jusqu'à
l'effondrement
de l'U.R.S.S.
en 1989, la
menace principale
qui planait
sur la sécurité
des pays européens
venait de la
puissance militaire
soviétique
mise au service
d'une idéologie
expansionniste
et totalitaire.
Pour y parer,
les pays occidentaux
ont constitué
l'Alliance atlantique
qui s'est révélée
un instrument
de dissuasion
très
efficace, grâce
surtout à
l'engagement
des Etats-Unis.
L'existence
de l'Alliance
a supprimé
chez les pays
européens
membres de l'OTAN
le souci, et
en partie la
charge, d'assurer
par eux-mêmes
leur propre
sécurité.
Après
la réunification
de l'Allemagne,
les menaces
qui pèsent
sur la sécurité
de l'Union ont
changé
de nature. Le
terrorisme international,
le fondamentalisme
islamique, les
guerres civiles
aux frontières
de l'Union constituent
des facteurs
nouveaux d'insécurité,
pour lesquels
l'OTAN n'est
pas la riposte
appropriée
dans la mesure
où les
Etats-Unis ne
s'estiment pas
impliqués.
L'incapacité
de l'Union à
envoyer seule
des forces armées
dans l'ex-Yougoslavie
a constitué
un fort encouragement
aux politiques
agressives du
gouvernement
Milosevitch.
Une intervention
rapide, voire
préventive,
d'une force
armée
européenne
aurait certainement
pu éviter
le massacre
de dizaines
de milliers
d'innocents
et le déplacement
de plus d'un
million de réfugiés
dans les pays
de l'Union.
Il est clair
cependant que
le recours à
l'intervention
armée
ne peut être
envisagé
qu'après
épuisement
de toutes les
voies de négociation
et de tous les
moyens de pression
autres que militaires.
Même dans
ce cas, il est
admis qu'aucun
Etat-membre
ne sera contraint
d'engager ses
propres ressortissants
dans une intervention
armée
s'il n'y a pas
expressément
consenti. La
question qui
se pose est
de savoir si
un Etat-membre
peut s'opposer
à ce
qu'une majorité
d'Etats-membres
décide
d'une intervention
armée
lorsque les
intérêts
de l'Union paraissent
l'exiger. Comme,
à ce
stade, nous
sommes encore
dans la méthode
intergouvernementale,
une telle intervention
n'engagerait
que les gouvernements
qui la décident
et pas l'Union
comme telle.
Il semble toutefois
que, s'agissant
des missions
dites de Petersberg
(aide humanitaire
et maintien
de la paix),
le budget de
l'Union et l'Union
elle-même
pourraient être
engagés,
même si
certains Etats-membres
refusaient d'y
envoyer leurs
propres troupes.
Mais une politique
étrangère
commune comporte
bien d'autres
aspects que
les aspects
militaires.
Et le recours
aux forces armées
sera d'autant
moins nécessaire
que la politique
étrangère
commune aura
pu prévenir
les conflits.
Sachant que
la plupart des
conflits ont
souvent pour
origine des
injustices sociales
ou le partage
inégal
de ressources,
l'Europe, devenue
après
élargissement
la première
puissance économique,
commerciale
et financière
du monde, pourrait
jouer un rôle
considérable
dans la prévention
des conflits
en y consacrant
une partie de
ses ressources
et de son influence.
Il faudrait
pour cela que
les gouvernements
nationaux renoncent
à faire
cavalier seul
et consentent
en faveur des
institutions
européennes
un transfert
de pouvoirs
nationaux dont
l'utilisation
unilatérale
ou isolée
s'avère
inefficace au
regard de l'ampleur
des problèmes
à résoudre.
Ce n'est malheureusement
pas le voie
dans laquelle
ils acceptent
de s'engager
comme le montrent
les réticences
qu'expriment
les représentants
nationaux à
la table de
négociation
de la prochaine
C.I.G.
Alors que, au
plan de la constitution
d'une force
d'intervention
armée,
les pourparlers
avancent de
manière
encourageante,
au niveau des
réformes
institutionnelles
de l'Union,
on patauge.
Une vision plus
réaliste
de nos intérêts
réels
à plus
long terme devrait
nous conduire
à faire
l'inverse ou
du moins à
progresser en
même temps
sur les deux
fronts.