Je
vais vous raconter
une histoire
qui n'a pas,
encore, de H
majuscule, mais
qui illustre
ce défi
que représente
" l'éducation
à l'Europe
" et la
necessité
de renforcer
les liens entre
les jeunes et
l'aventure européenne.
Nous sommes
en avril 1998.
La création
de l'euro est
à la
Une des journaux.
On débat
sur les modalités
de sa mise en
place et sur
les objectifs
de cette devise
européenne...
Journaliste,
chargé
de mission à
la rédaction
en chef de Ouest-France,
on me demande
de réfléchir
à une
animation sur
l'Europe à
l'intention
des jeunes.
" Devise
européenne
", "
valeur de la
devise "
? La polysémie
de ces mots
me frappe. Une
devise évoque
des valeurs
sonnantes et
trébuchantes,
mais une devise
peut aussi évoquer
des valeurs
d'une autre
nature. Je pense
à la
devise de la
République
et aux valeurs
qui fondent
notre civilisation.
Je remarque
que l'Union
n'a pas de devise-slogan...
Sans doute la
nuit porte-t-elle
conseil, je
me dis un matin
: " et
si on demandait
aux élèves
d'inventer une
devise pour
l'Europe ! "
L'idée
plaît
aussitôt
au rédacteur
en chef et au
patron d'Ouest-France,
François
Régis
Hutin, européen
militant et
convaincu. L'idée
était-elle
dans l'air du
temps... Elle
recouvre en
tous cas des
convictions
partagées,
sur l'Europe,
bien sûr,
mais aussi sur
le rôle
de l'école,
de la presse,
d'internet...
Des convictions
sur l'Europe
?
L'Europe a un
drapeau, un
hymne, une monnaie
mais pas de
devise pour
symboliser le
sens de cette
aventure exceptionnelle.
On l'a vu. Il
faut lui donner
une devise,
des mots qui
diront son "
âme "
(R. Schumann).
L'Europe ne
se décrète
pas d'en haut,
elle n'avancera
qu'avec la participation
active des jeunes
européens.
Il faut combler
ce " déficit
démocratique
"... Il
faut donner
la parole aux
jeunes sur l'Europe
qu'ils souhaitent.
Des convictions
sur l'école
?
L'école
doit et peut
jouer un rôle
dans l'éducation
à la
citoyenneté
européenne.
Elle peut et
doit être
un lieu d'approfondissement
des valeurs
collectives.
Il faut inciter
au savoir, au
débat
et à
l'imagination
des élèves
sur l'Europe.
Sur la presse
? Enracinés
dans leurs régions
ou leur pays,
les quotidiens
sont capables
de relier les
hommes au-delà
de leurs territoires.
Il faut inciter
les journaux
européens
à travailler
ensemble. Sur
Internet ? L'outil
internet permet
de relier les
hommes au-delà
des frontières,
il donne le
meilleur de
lui-même
quand il transmet
des connaissances
et des idées.
Il faut utiliser
Internet pour
des projets
à fortes
valeurs partagées.
Il faut, il
faut, il faut...
Les " faukon
" et les
" yaka
" on connaît...
L'idée
est belle ?
Tant mieux.
Encore faut-il
qu'elle soit
bonne, c'est
à dire
réalisable
! Et aller jusqu'au
bout d'une idée
comme celle
là, née
à la
pointe de l'Europe
dans un journal
régional
(certes premier
quotidien de
France), il
fallait être
un peu fou !
Nous l'étions,
nous le sommes...
Mais surtout
il fallait agréger
des énergies
et des savoir-faire.
Voici comment
nous avons opéré.
D'abord le "
nous "
signifie, très
vite, Ouest-France
et le Mémorial
pour la paix
de Caen. Soucieux
de pédagogie
et d'éducation
à la
Paix, ouvert
sur les médias
européens,
en phase de
développement
pour raconter
la seconde partie
du XXème
siècle,
le Mémorial
a été
aussitôt
associé
à l'aventure,
comme co-organisateur
et siège
du secrétariat
de l'opération.
France Télécom
a répondu
avec la même
générosité
à la
sollicitation
du journal.
Il a mis son
savoir-faire
au service de
ce projet pédagogique
européen.
En créant
le site de l'opération,
en onze langues,
plaque tournante
du projet. Ouest-France,
Le Mémorial
de Caen, France
Télécom:
tel fut le cté
de pilotage.
J'ai parlé
de " projet
pédagogique
" : En
France, le Ministre
de l'Education,
Maurice Allègre,
à l'époque,
a offert son
patronage sans
hésitation.
Newropeans 2000
J'ai dit aussi
" projet
pédagogique
européen
". Et là,
tout se complique.
Il a fallu obtenir
le soutien des
Institutions
de l'Union.
Associer la
Commission et
le Parlement,
en pleine crise
de couple, puis
en plein renouvellement...
Nous avons convaincu.
Et obtenu des
aides... en
nature. La Commission
mettra au service
du projet sa
Direction de
la Traduction
et le Parlement
accueillera
la devise lors
d'une cérémonie
officielle.
Il a fallu travailler
dans les quinze
pays de l'Union.
Faire connaître
le projet et
l'adresse de
son site. Nous
l'avons fait
avec des journaux
partenaires.
40 au total.
Au moins un
par pays et
une vingtaine
en France (dont
Le Monde et
une quinzaine
de quotidiens
régionaux).
Nous avons fait
connaître
ce projet aussi
grâce
aux réseaux
Commenius, aux
associations
éducatives,
à des
liens avec de
nombreux sites
européens
aux Points info
europe. A la
rentrée
scolaire de
septembre 1999
tout est prêt.
L'objectif est
de pouvoir proclamer
la devise en
mai 2000, à
l'occasion du
50ème
anniversaire
de la déclaration
de Robert Schumann.
Arrêt
sur image et
sur le règlement
du concours.
Qui participe
? Les classes
dont les élèves
ont une moyenne
d'âge
entre 11 et
19 ans. Dans
les 15 pays.
Les classes
pas les individus.
Il s'agit d'appeler
à un
travail pédagogique
et collectif,
à du
débat.
Une classe =
une devise,
forcément
consensuelle.
Ce qui est demandé
? Une devise,
dans la langue
nationale et
en anglais (pour
échanger)
et un texte
argumentaire
(pour convaincre
et révéler
une reflexion)
Quelle récompense
? Aucune, aucune
récompense
matérielle
dans ce concours
décidément
pas comme les
autres! Le slogan
de l'affiche
: " Pour
écrire
une page de
l'Histoire de
l'Europe, il
vous suffira
peut-être
de trois mots...
". La seule
récompense
: le plaisir
et la fierté
d'avoir participé.
Comment est
choisie la devise
finale ? En
plusieurs étapes.
- Dans chaque
pays le journal
partenaire sélectionne
(avec un jury)
les 10 meilleures
devises. Newropeans
2000 - Puis
le jury européen
des médias
(une voix par
pays) analyse
ces 10 x 15
devises = 150
devises (traduites
dans les onze
langues) et
choisit les
7 proposées
à l'étape
suivante, au
Grand jury des
personnalités,
chargé
d'élire
LA devise. -
Ce Grand jury
est composé
d'une personnalité
par pays, choisie
par le journal
partenaire :
Felipe Gonzales
pour l'Espagne,
Mario Soarez
pour le Portugal,
Lord Jenkins
pour la Grande-Bretagne,
l'astronaute
belge Dirk Frimout,
le jeune pianiste
finlandais,
Lenni Taipale,
Jacques Delors
pour la France...
Résultats
? 80 000 jeunes
de plus de 2500
classes ont
participé.
Si les Français
ont particulièrement
bien joué
le jeu, aucun
pays n'a manqué
à l'appel...même
le Danemark.
Une analyse
lexicale de
la Sofres sur
près
de 2000 devises
et textes argumentaires
(325 000 mots
!) donne la
liste des 10
mots les plus
souvent utilisés
: Paix, Unité,
Union, Ensemble,
Futur, Différence,
Espoir, Solidarité,
Egalité,
Liberté,
Diversité.
Le Grand Jury
s'est réuni
le 4 mai 2000
le matin. Animé
par Jacques
Delors, il a
échangé
sur chacune
des 7 devises
proposées,
a débattu
du sens de certains
mots dans les
différentes
langues et a
voté...
en faveur de
: L'Europe:
l'unité
dans la diversité,
en français
mais existe
dans les onze
langues... et
en latin "
Europa : in
varietate concordia
". La devise,
proclamée
ce même
4 mai 2000 au
Parlement devant
500 élèves
venus des 15
pays de l'Union
grâce
à Euroscola,
est officiellement
remise à
la Présidente
du Parlement
européen.
Nicole Fontaine
l'a d'ailleurs
déjà
citée
dans son discours
d'accueil du
Conseil des
Chefs d'Etat
de Porto, en
juin dernier.
Et maintenant
? Nous continuons
à travailler
avec le Parlement,
la Commission
et la présidence
française
pour que cette
devise devienne
officiellement
La devise de
l'Europe, et
pouquoi pas
un jour se retrouve
sur l'euro...
Une devise sur
une devise !
Newropeans 2000
Quelles leçons
tirer de cette
aventure ? -
Question préalable
: qui d'entre-vous
avait eu connaissance
de cette opération
? En toute honnêteté,
bien sûr.
.....Je compte...
constat de faible
notoriété...
Première
leçon
: réalisme
et humilité
Il est passionnant,
utile mais...
difficile :
=> de médiatiser
efficacement
sur un thème
européen
=> de faire
relayer l'initiative
d'un média
par d'autres
médias
(rivaux?) =>
de populariser
chez les Quinze
un projet estampillé
national (français)
=> de faire
entrer l'expression
politique, même
" noble
", dans
l'école
=> de convaincre
la société
politique de
valider une
initiative de
la société
civile =>
de trouver des
mots qui rapprochent...
dans les onze
langues ! Leçons
surtout d'optimisme
Nous avons montré
qu'il est possible
: => de mobiliser
pendant plusieurs
heures 80 000
jeunes sur le
sens de l'Europe
à conditions
de les rendre
acteurs et créatifs
=> de réunir
40 journaux
pour une aventure
d'intérêt
européen
et de les impliquer
au delà
de leurs rôles
de médiateurs
=> de transformer
une idée
simple mais
forte en source
d'énérgie
et de pallier
ainsi nos faibles
moyens =>
d'organiser
un concours
éducatif
à l'échelle
des Quinze,
grâce
à Internet,
formidable outil
pour diffuser
l'idée
européenne
auprès
des jeunes.
Leçon
plus personnelle
J'ai la chance
de travailler
dans un journal,
Ouest-France,
(on pourrait
ajouter Europe
?) qui a donné
corps à
cette idée,
et vie à
cette histoire.
Une histoire
à laquelle
vous pouvez
peut-être
contribuer à
donner une majuscule...
ou au moins
davantage de
notoriété.
Vous trouverez
toutes les informations
utiles sur le
site devise-europe.org
Je tiens à
remercier les
organisateurs
de m'avoir donné
l'occasion d'apporter
ce témoignage,
qui je l'espère
enrichira votre
reflexion sur
le thème
qui nous rassemble.