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PÔLE A :
L'Union européenne actrice majeure du monde du XXIème siècle: renforcer les intégrations régionales, affronter les défits globaux etdomestiquer la globalisation

- JEUDI 5 OCTOBRE -

M. Patrick LA PRAIRIE, Journaliste à Ouest-France; Chargé de mission Presse-Ecole, France
Intervention : 'Les élèves donnent une devise à l'Europe'

Je vais vous raconter une histoire qui n'a pas, encore, de H majuscule, mais qui illustre ce défi que représente " l'éducation à l'Europe " et la necessité de renforcer les liens entre les jeunes et l'aventure européenne. Nous sommes en avril 1998. La création de l'euro est à la Une des journaux. On débat sur les modalités de sa mise en place et sur les objectifs de cette devise européenne... Journaliste, chargé de mission à la rédaction en chef de Ouest-France, on me demande de réfléchir à une animation sur l'Europe à l'intention des jeunes. " Devise européenne ", " valeur de la devise " ? La polysémie de ces mots me frappe. Une devise évoque des valeurs sonnantes et trébuchantes, mais une devise peut aussi évoquer des valeurs d'une autre nature. Je pense à la devise de la République et aux valeurs qui fondent notre civilisation. Je remarque que l'Union n'a pas de devise-slogan... Sans doute la nuit porte-t-elle conseil, je me dis un matin : " et si on demandait aux élèves d'inventer une devise pour l'Europe ! " L'idée plaît aussitôt au rédacteur en chef et au patron d'Ouest-France, François Régis Hutin, européen militant et convaincu. L'idée était-elle dans l'air du temps... Elle recouvre en tous cas des convictions partagées, sur l'Europe, bien sûr, mais aussi sur le rôle de l'école, de la presse, d'internet...

Des convictions sur l'Europe ?

L'Europe a un drapeau, un hymne, une monnaie mais pas de devise pour symboliser le sens de cette aventure exceptionnelle. On l'a vu. Il faut lui donner une devise, des mots qui diront son " âme " (R. Schumann). L'Europe ne se décrète pas d'en haut, elle n'avancera qu'avec la participation active des jeunes européens. Il faut combler ce " déficit démocratique "... Il faut donner la parole aux jeunes sur l'Europe qu'ils souhaitent.

Des convictions sur l'école ?

L'école doit et peut jouer un rôle dans l'éducation à la citoyenneté européenne. Elle peut et doit être un lieu d'approfondissement des valeurs collectives. Il faut inciter au savoir, au débat et à l'imagination des élèves sur l'Europe. Sur la presse ? Enracinés dans leurs régions ou leur pays, les quotidiens sont capables de relier les hommes au-delà de leurs territoires. Il faut inciter les journaux européens à travailler ensemble. Sur Internet ? L'outil internet permet de relier les hommes au-delà des frontières, il donne le meilleur de lui-même quand il transmet des connaissances et des idées. Il faut utiliser Internet pour des projets à fortes valeurs partagées. Il faut, il faut, il faut... Les " faukon " et les " yaka " on connaît... L'idée est belle ? Tant mieux. Encore faut-il qu'elle soit bonne, c'est à dire réalisable ! Et aller jusqu'au bout d'une idée comme celle là, née à la pointe de l'Europe dans un journal régional (certes premier quotidien de France), il fallait être un peu fou ! Nous l'étions, nous le sommes... Mais surtout il fallait agréger des énergies et des savoir-faire. Voici comment nous avons opéré. D'abord le " nous " signifie, très vite, Ouest-France et le Mémorial pour la paix de Caen. Soucieux de pédagogie et d'éducation à la Paix, ouvert sur les médias européens, en phase de développement pour raconter la seconde partie du XXème siècle, le Mémorial a été aussitôt associé à l'aventure, comme co-organisateur et siège du secrétariat de l'opération. France Télécom a répondu avec la même générosité à la sollicitation du journal. Il a mis son savoir-faire au service de ce projet pédagogique européen. En créant le site de l'opération, en onze langues, plaque tournante du projet. Ouest-France, Le Mémorial de Caen, France Télécom: tel fut le cté de pilotage. J'ai parlé de " projet pédagogique " : En France, le Ministre de l'Education, Maurice Allègre, à l'époque, a offert son patronage sans hésitation. Newropeans 2000 J'ai dit aussi " projet pédagogique européen ". Et là, tout se complique. Il a fallu obtenir le soutien des Institutions de l'Union. Associer la Commission et le Parlement, en pleine crise de couple, puis en plein renouvellement... Nous avons convaincu. Et obtenu des aides... en nature. La Commission mettra au service du projet sa Direction de la Traduction et le Parlement accueillera la devise lors d'une cérémonie officielle. Il a fallu travailler dans les quinze pays de l'Union. Faire connaître le projet et l'adresse de son site. Nous l'avons fait avec des journaux partenaires. 40 au total. Au moins un par pays et une vingtaine en France (dont Le Monde et une quinzaine de quotidiens régionaux). Nous avons fait connaître ce projet aussi grâce aux réseaux Commenius, aux associations éducatives, à des liens avec de nombreux sites européens aux Points info europe. A la rentrée scolaire de septembre 1999 tout est prêt. L'objectif est de pouvoir proclamer la devise en mai 2000, à l'occasion du 50ème anniversaire de la déclaration de Robert Schumann. Arrêt sur image et sur le règlement du concours. Qui participe ? Les classes dont les élèves ont une moyenne d'âge entre 11 et 19 ans. Dans les 15 pays. Les classes pas les individus. Il s'agit d'appeler à un travail pédagogique et collectif, à du débat. Une classe = une devise, forcément consensuelle. Ce qui est demandé ? Une devise, dans la langue nationale et en anglais (pour échanger) et un texte argumentaire (pour convaincre et révéler une reflexion) Quelle récompense ? Aucune, aucune récompense matérielle dans ce concours décidément pas comme les autres! Le slogan de l'affiche : " Pour écrire une page de l'Histoire de l'Europe, il vous suffira peut-être de trois mots... ". La seule récompense : le plaisir et la fierté d'avoir participé. Comment est choisie la devise finale ? En plusieurs étapes. - Dans chaque pays le journal partenaire sélectionne (avec un jury) les 10 meilleures devises. Newropeans 2000 - Puis le jury européen des médias (une voix par pays) analyse ces 10 x 15 devises = 150 devises (traduites dans les onze langues) et choisit les 7 proposées à l'étape suivante, au Grand jury des personnalités, chargé d'élire LA devise. - Ce Grand jury est composé d'une personnalité par pays, choisie par le journal partenaire : Felipe Gonzales pour l'Espagne, Mario Soarez pour le Portugal, Lord Jenkins pour la Grande-Bretagne, l'astronaute belge Dirk Frimout, le jeune pianiste finlandais, Lenni Taipale, Jacques Delors pour la France... Résultats ? 80 000 jeunes de plus de 2500 classes ont participé. Si les Français ont particulièrement bien joué le jeu, aucun pays n'a manqué à l'appel...même le Danemark. Une analyse lexicale de la Sofres sur près de 2000 devises et textes argumentaires (325 000 mots !) donne la liste des 10 mots les plus souvent utilisés : Paix, Unité, Union, Ensemble, Futur, Différence, Espoir, Solidarité, Egalité, Liberté, Diversité. Le Grand Jury s'est réuni le 4 mai 2000 le matin. Animé par Jacques Delors, il a échangé sur chacune des 7 devises proposées, a débattu du sens de certains mots dans les différentes langues et a voté... en faveur de : L'Europe: l'unité dans la diversité, en français mais existe dans les onze langues... et en latin " Europa : in varietate concordia ". La devise, proclamée ce même 4 mai 2000 au Parlement devant 500 élèves venus des 15 pays de l'Union grâce à Euroscola, est officiellement remise à la Présidente du Parlement européen. Nicole Fontaine l'a d'ailleurs déjà citée dans son discours d'accueil du Conseil des Chefs d'Etat de Porto, en juin dernier. Et maintenant ? Nous continuons à travailler avec le Parlement, la Commission et la présidence française pour que cette devise devienne officiellement La devise de l'Europe, et pouquoi pas un jour se retrouve sur l'euro... Une devise sur une devise ! Newropeans 2000 Quelles leçons tirer de cette aventure ? - Question préalable : qui d'entre-vous avait eu connaissance de cette opération ? En toute honnêteté, bien sûr. .....Je compte... constat de faible notoriété... Première leçon : réalisme et humilité Il est passionnant, utile mais... difficile : => de médiatiser efficacement sur un thème européen => de faire relayer l'initiative d'un média par d'autres médias (rivaux?) => de populariser chez les Quinze un projet estampillé national (français) => de faire entrer l'expression politique, même " noble ", dans l'école => de convaincre la société politique de valider une initiative de la société civile => de trouver des mots qui rapprochent... dans les onze langues ! Leçons surtout d'optimisme Nous avons montré qu'il est possible : => de mobiliser pendant plusieurs heures 80 000 jeunes sur le sens de l'Europe à conditions de les rendre acteurs et créatifs => de réunir 40 journaux pour une aventure d'intérêt européen et de les impliquer au delà de leurs rôles de médiateurs => de transformer une idée simple mais forte en source d'énérgie et de pallier ainsi nos faibles moyens => d'organiser un concours éducatif à l'échelle des Quinze, grâce à Internet, formidable outil pour diffuser l'idée européenne auprès des jeunes. Leçon plus personnelle J'ai la chance de travailler dans un journal, Ouest-France, (on pourrait ajouter Europe ?) qui a donné corps à cette idée, et vie à cette histoire.

Une histoire à laquelle vous pouvez peut-être contribuer à donner une majuscule... ou au moins davantage de notoriété. Vous trouverez toutes les informations utiles sur le site devise-europe.org Je tiens à remercier les organisateurs de m'avoir donné l'occasion d'apporter ce témoignage, qui je l'espère enrichira votre reflexion sur le thème qui nous rassemble.


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