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Pôle
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B : |
500
millions d'eurocitoyens
en 2020 : construire
et gérer
une démocratie
commune à
l'échelle
du continent |
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Mme
Laurence
MONNOYER-SMITH,
Chercheur,
Equipe
Espace
Public
européen,
Laboratoire
de Communication
politique,
CNRS;
Maître
de conférences
en Sciences
de l'Information
et de
la Communication,
Université
de Compiègne,
France
Intervention
: 'Quels
scénarios
d'avanir
pour l'émergence
d'un espace
public
européen?'
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Une
des raisons
de l'enlisement
de la construction
Européenne
qu'a révélé
le traité
d'Amsterdam
réside
dans l'inexistence
actuel d'un
véritable
espace public
européen
susceptible
de faire émerger
dans les 15
des débats
transnationaux
sur des questions
européennes.
De cet espace
public européen
seul peut naître
une identité
politique commune
qui dépasse
les particularismes
nationaux et
la simple cohabitation
culturelle pour
s'intégrer
au sein d'un
espace public
européen
en une vraie
communauté
culturelle.
Pour notre part,
nous pensons
que l'avènement
d'une telle
Europe interculturelle
(Dacheux, 1996)
est une utopie
mobilisatrice
qui tient compte
des réalités
empiriques et
s'ancre dans
la pratique
quotidienne
des associations
européennes
de citoyenneté.
L'Europe interculturelle
est une Europe
où l'Etat-nation
reste fort,
où la
représentation
continue à
jouer un rôle
clef et où
le développement
des pratiques
sociales transfrontalières
(tourisme, travail,
études,
etc.) et la
multiplication
des espaces
de médiation
(associations,
media, universités,
etc.) permettent
de dépasser
la simple "cohabitation
culturelle"
(Hermès,
1999), afin
de créer
une nouvelle
dimension politique
et culturelle
venant s'ajouter,
et non se substituer,
aux identités
collectives
existantes.
Dans cette perspective,
l'espace public
politique européen
reste un lieu
d'affrontement
idéologique
régulé
par la communication
politique et
la persuasion
politique, mais
cesse d'être
dominé
par les mass
media et le
marketing politique.
Il ne vient
pas remplacer
les espaces
publics nationaux,
mais marque
une nouvelle
complexification
de l'espace
public contemporain.
Un tel espace
public ne se
décrète
pas. Il ne se
construit pas
d'en haut, mais
se fabrique
par le bas,
dans les rencontres
intersubjectives
et la mise en
place de programmes
scolaires et
médiatiques
favorisant la
connaissance
des cadres de
pensée
de l'autre.
Pourtant, par
une sorte de
"compression
historique",
les instances
européennes
semblent vouloir
favoriser l'émergence
d'un espace
public européen
en utilisant
des techniques
de marketing
politique qui
ne peuvent être
efficaces que
dans un espace
public préalablement
constitué.
L'euromarketing
politique n'est
pas le moyen
de résoudre
les difficultés
de la communication
politique européenne.
Par contre,
il est possible
de soutenir
l'émergence
d'un espace
public politique
européen
par une politique
de communication
appropriée.
Cette politique
de communication
ne devrait pas
tenter d'européaniser
des techniques
de communication
existantes,
mais développer
une approche
empirique qui
partirait d'une
identification
correcte des
difficultés
de la communication
et de la persuasion
politique à
l'échelon
européen.
r,
les instances
européennes
ont déjà
identifié
la plupart de
ces difficultés
que nos propres
travaux permettent
de compléter
: nous en voyons
6.:
-Le multiculturalisme.
Délivrer
une information
ou animer
un débat
politique
à l'échelle
de l'Union
sont des opérations
d'une grande
complexité
qui ont trait
à la
taille de
la population
concernée
(365 millions
d'individus)
et aux difficultés
intrinsèques
de la communication
interculturelle.
Non seulement,
il faut parvenir
à franchir
l'obstacle
linguistique
(onze langues
officielles
dans l'Union
européenne),
mais aussi
tenir compte
du fait que
les histoires,
les modes
de vie, les
traditions
politiques,
les références
culturelles,
les stéréotypes,
etc.
-Une
faible médiation.
L'Union européenne
a bien créé
des relais
locaux permettant
de toucher
directement
les citoyens
européens
(Euro-info-centres,
centres de
documentation
européenne,
etc.), mais
ses relais
sont en nombre
insuffisant
(Parlement
européen,
1993, p.2;
Oostlander,
1993, p.5).
De plus, ces
relais sont
mis en place
par différentes
directions
générales
qui n'agissent
pas toujours
de manière
concertée
si bien que
ces relais
se trouvent
souvent en
position de
concurrence
et non de
complémentarité.
Ce manque
de médiation
entre les
citoyens et
les instances
européennes
est si criant
que ces dernières
ont nommé
un médiateur
européen
(Mr Söderman's).
Sans grand
succès,
car comme
le fait remarqué
Georgios Anastassopoulos,
ancien vice-président
du Parlement
européen
et candidat
à la
succession
de Mr Söderman's
: "il
est difficile
d'avoir un
médiateur
supposé
représenter
les citoyens
alors que
les citoyens
ne le connaissent
pas"
(). Cette
faible médiation
est d'autant
plus criante
que la médiatisation
fait elle
aussi défaut
: il existe
des chaînes
et des journaux
transnationaux
touchant,
dans chaque
pays européen,
une frange
minime de
la population,
mais il n'existe
pas de media
de masse touchant
une large
audience européenne.
-Un déficit
politique.
La démission
de la Commission
Santer, au
printemps
1999, et la
faible participation
aux dernières
élections
européennes
sont les signes
les plus visibles
d'un malaise
politique
profond. La
cause principale
de ce malaise
est l'absence
d'un espace
public européen.
Cependant,
il existe
d'autres facteurs
venant aggraver
ce déficit
politique.
Ainsi, les
rapports officiels
mettent en
avant : l'impuissance
politique
de l'Union
européenne
dans les affaires
du monde (Oostlander,
1993, p. 5),
son incapacité
à construire
une Europe
sociale (Oostlander,
1999, p. 12),
l'opacité
et à
la complexité
de ses procédures
de décision
(Pex, 1998,
p. 6; Oostlander,
1993, p. 3),
des promesses
faites qui
n'ont pas
été
tenues en
temps voulu
(De Clerq,
1993, p.6).
De son côté,
le Parlement
européen
voit deux
explications
à la
faiblesse
politique
de l'Europe
: le manque
de pouvoir
accordé
à la
seule institution
européenne
élue
au suffrage
universel
et l'absence
de participation
des citoyens
et de la société
civile à
la construction
de l'Europe
politique
(Parlement
européen,
1996). Par
ailleurs,
certains analystes
soulignent
l'absence
d'une "euroclasse
politique"
et mettent
en avant l'ambiguïté
intrinsèque
du principe
de subsidiarité
(Prometheus-Europe,
1999), en
cherchant,
on pourrait
en trouver
d'autres…
- Une crise
identitaire.
L'Europe politique
reste à
définir.
Cette identité
en devenir
est à
la fois une
chance : les
citoyens peuvent
œuvrer
à la
création
d'une démocratie
européenne
plus participative;
mais aussi
une faiblesse
: les militants
européens
ont du mal
à lever
les inquiétudes
qui pèsent
sur une Union
politique
aux contours
flous et incertains.
La chute du
mur de Berlin
a entraîné
la disparition
d'un contre
modèle
politique
unificateur
qui était
la composante
essentielle
de l'identité
négative
de l'Union
(). Cette
chute a engendré
une recomposition
de la carte
européenne.
Surtout, l'effondrement
du bloc communiste
remet au goût
du jour les
sempiternelles
querelles
idéologiques
autour du
futur visage
de l'Europe
: fédération?
confédération?
ou simple
zone de libre
échange?
Ni le traité
de Maastricht
(1993) ni
celui d'Amsterdam
(1997) n'ont
su trancher.
-Un "pret-à-penser
communicationnel"
facteur d'erreurs.
Faute, souvent,
d'une formation
adéquate,
les acteurs
politiques
européens
tendent à
utiliser un
"prêt-à-penser
communicationnel"
qui circule
dans les media,
les écoles
de commerce,
les livres
de conseils
pratiques,
etc. Or, cette
"doxa"
communicationnelle
repose sur
une vison
instrumentale
de la communication
(communiquer,
c'est parvenir
à ses
fins) qui
s'éloigne
considérablement
du savoir
mis à
jour par les
sciences de
la communication.
Nous nous
contenterons
de donner
un seul exemple
: la confusion
sémantique
entre marketing
politique,
persuasion
politique,
communication
politique
et propagande.
Cet imbroglio
conceptuel
auquel nous
sommes fréquemment
confronté
lors de rencontres
avec des acteurs
politiques
(fonctionnaires
européens
et responsables
associatifs)
en charge
de la communication
de leur organisation,
s'explique
par le fait
que les spécialistes
du marketing
assimilent
abusivement
la communication
à l'art
de la persuasion.
Pourtant,
communiquer
ce n'est pas,
forcément,
vouloir s'efforcer
de convaincre
par tous les
moyens légaux
(persuasion)
ou illégaux
(propagande)
une personne
récalcitrante.
Communiquer,
c'est également
échanger
des affects,
transmettre
des informations,
poser des
questions,
etc ...
- La diffusion
trop massive
d'information.
Les européens
connaissent
mal le fonctionnement
des institutions
et manquent
d'informations
sur les débats
politiques
européens
et pourtant,
la construction
européenne
souffre plus,
à l'heure
actuelle,
d'un excès
que d'un manque
d'informations.
Pourquoi?
Tout simplement
parce que
trop d'informations
tue l'information.
L'information
européenne
disponible
est considérable
: l'office
européen
des publications
officielles
du Luxembourg
publie chaque
année
plus de 1500
titres auxquels
s'ajoutent
quelques 200
titres que
les diverses
institutions
de l'Union
(Comité
des régions,
Conseil économique
et social,
etc.) publient
par leurs
propres moyens.
Or, cette
information
ne cesse de
croître
au fur et
à mesure
que les traités
élargissent
le nombre
des pays membres
et étendent
les prérogatives
de l'Union.
Pourtant,
comme tout
être
humain, le
citoyen européen
a des capacités
cognitives
limitées
et ne peut
donner sens
qu'à
ce qui peut
s'inscrire
dans un cadre
culturel et
symbolique
pré
existant.
Ainsi, s'il
est parfaitement
exact que
la publicité
de l'information
politique
est une condition
nécessaire
de la démocratie,
il est tout
à fait
simpliste
et dangereux
d'affirmer
que l'Europe
souffre d'un
déficit
d'information.
Non, comme
le révèle
une enquête
faite sur
les questions
que posent
les citoyens
sur le Minitel
3615 Europe
(Orignac,
1998 ), la
démocratie
européenne
souffre, en
réalité,
d'une inculture
civique (nationale
et/ou européenne)
: a quoi bon
diffuser des
dépliants
expliquant
que le Conseil
européen
fonctionne
à la
majorité
qualifiée
ou que l'Union
européenne
est régie
par le principe
de subsidiarité
si - comme
j'ai pu le
constater
en tant qu'enseignant
- les individus,
ne savent
pas ce que
signifient
les termes
"majorité
qualifiée"
et "subisidairité"?
Une fois identifié
ces différents
obstacles,
comment soutenir
la lente émergence
d'un espace
public politique
européen
et interculturel?
Notre étude
suggère
que plusieurs
chantiers peuvent
être menés
de front :
1. Faire une
évaluation
systématique
des campagnes
de communication
orchestrées
par les directions
générales
et le Parlement
européen
Faute de temps
et de budgets,
la plupart
des actions
de communication
menées
par les instances
européennes
ne sont pas
évaluées.
Or cette évaluation,
qui doit s'effectuer
de manière
interne et
externe par
des instances
n'ayant pas
élaborée
la campagne
(des laboratoires
scientifiques
et un service
spécialisé
de la Commission,
par exemple),
est indispensable.
Seule une
évaluation
systématique
permet de
développer,
par tâtonnements
successifs,
une politique
de communication
à la
fois innovante
et efficiente.
2.
Redonner sa
juste place
à la
communication
dans l'activité
politique.
La communication
n'est ni une
perversion
de la politique
ni son unique
modalité.
Se contenter
d'expliquer
une position
en imaginant
que si les
citoyens ne
la soutienne
pas c'est
parce qu'ils
ne la comprennent
pas c'est
confondre
information
et communication.
La communication
politique
dans l'espace
public doit
pouvoir ouvrir
le débat
(et le refermer)
en tenant
compte des
spécificités
de la communication
interculturelle.
3.
Abandonner
la propagande
et le marketing
politique
La propagande
relève
de la manipulation,
de la tromperie.
Elle use du
secret et
du mensonge
de façon
à pouvoir
atteindre
un objectif
politique
inavoué
sans débats
publics ni
adhésion
à cet
objectif;
le marketing
politique
n'est que
l'une des
modalités
possibles
de la persuasion
politique.
Il vise le
ralliement
en élaborant
une image
de marque
susceptible
de rallier
une majorité
constituée
de l'addition
de différents
segments de
la population;
la communication
politique,
enfin, est
liée
à la
clarification
des positions
contradictoires.
L'institution
progressive
d'un espace
public démocratique
aux dimensions
de l'Union
réclame
que l'on condamne
la propagande
antidémocratique.
De plus, la
nécessité
d'unir et
non de segmenter,
ainsi que
le caractère
évolutif
de l'Union
européenne
qui n'est
pas un "produit
fini",
mais un chantier
permanent,
poussent à
l'abandon
d'un marketing
politique
cher et peu
efficace.
4. Développer
un nouveau
registre de
persuasion
politique
et une communication
politique
moins manichéenne.
Les stratégies
mises en oeuvre
au moment
du référendum
de Maastricht,
à savoir
: l'argument
de l'inéluctabilité
(persuasion
politique)
et le rejet
des opposants
dans le camp
des passéistes
(communication
politique)
devrait être
abandonnés.
Les arguments
devraient
laisser une
plus grande
part à
l'utopie et
ne pas rejeter
systématiquement
comme anti-européens
ceux sont
pour une forme
d'intégration
différente
de celle proposée
par la Commission.
5.
Cesser d'utiliser
l'Eurobaromètre
comme un reflet
de l'opinion
européenne.
Si cet instrument
est utile
pour rendre
compte des
pratiques
(taux d'équipement,
habitudes
de consommation,
etc.) et établir
des comparaisons
entre les
quinze, mais
il ne reflète
aucunement
l'opinion
publique européenne.
Aucun sondage
ne peut refléter
l'opinion
publique :
le sondage
ne mesure
pas une opinion,
il reproduit
et additionne
des réponses
immédiates
à une
question qui
préoccupe
le sondeur.
D'autre part,
faute d'un
espace public
commun, il
n'existe pas
une opinion
publique européenne,
mais quinze
opinions nationales.
Mesurer ce
qui n'existe
pas, empêche
de comprendre
les freins
et les attentes
des citoyens
de l'Union.
6.
Ne pas abandonner
les médiations
traditionnelles
au profit
des nouvelles
médiations
techniques.
En filigrane,
le projet
d'une société
de l'information
soutenu par
la Commission
européenne
dans son dernier
livre blanc
(Commission
européenne,
1994) marque
le désir
de s'affranchir
des difficultés
de la communication
interculturelle
grâce
au développement
de réseaux
techniques
mettant directement
en contact
le citoyen
et les institutions.
C'est oublier
que réseaux
technique
ou pas, si
le citoyen
ne se sent
pas motivé
par un désir
de participation,
il ne bougera
pas. Or, les
associations
européennes
de citoyens,
les comités
de jumelage,
les réseaux
d'informations
de l'Union
européenne
sont des réalités
tangibles
qu'il convient
de soutenir
dans leur
patiente action
de terrain
et qui sont
ainsi à
même
de préparer
au futur citoyen
européen
qui utilisera
peut-être
aussi les
nouvelles
technologies.
Des expériences
comme Arte
ou Euronews
doivent être
encouragées
dans la mesure
où
elles permettent
de percevoir
comment les
autres pays
étrangers
interprètent
les mêmes
problèmes
européens.
Enfin, comme
l'a montré,
en France,
le Dialogue
national pour
l'Europe (Weisben,
1998a), une
politique
de communication
européenne
se doit de
diffuser des
messages au
plus près
des citoyens,
c'est-à-dire
dans les quotidiens
régionaux.
7.
Favoriser
l'instruction
civique européenne.
Même
dans une conception
libérale,
la démocratie
réclame,
au minimum,
que l'on sache
pour qui et
pour quoi
l'on vote.
Or, non seulement
le système
institutionnel
européen
est d'une
grande complexité,
mais en plus,
les systèmes
politiques
différent
sensiblement
d'un pays
à l'autre.
Dans ces conditions,
lancer des
campagnes
de communication
en faveur
des élections
européennes
ne sert qu'à
enrichir les
agences de
publicité.
L'avènement
d'un espace
public européen
passe par
la connaissance
des règles
du jeu. Dans
cette perspective,
les enseignants
sont les partenaires
(et non la
cible) privilégiés
de toutes
les campagnes
de communication
politique.
8.
Relégitimer
l'espace public
non médiatique.
Dans les Etats-nations,
l'espace public
politique
est dominé
par les media
mais, notre
travail le
prouve, il
ne se réduit
pas à
l'espace médiatique.
Dans l'Union
européenne,
l'espace médiatique
est fractionné,
ce sont principalement
les acteurs
sociaux qui
tissent les
liens politiques
transnationaux.
Dans ces conditions,
relégitimer
l'espace public
politique
non médiatique
valorise la
participation
citoyenne
et favorise
l'émergence
d'un espace
public transnational.
En effet,
contrairement
à l'opinion
communément
admise, ce
ne sont pas
les media
qui créent
une culture
nouvelle,
c'est l'existence
d'une doxa
commune qui
conditionne
la médiatisation.
Bien entendu,
ce ne sont là
que quelques pistes
de travail qui
ne garantissent
aucunement le
succès
et qui, sans nulle
doute, renferment
une bonne dose
de subjectivité
normative. |
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